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 Sukran - Jean-Pierre Andrevon

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MessageSujet: Sukran - Jean-Pierre Andrevon   Mar 2 Déc - 23:27

Sukran de Jean-Pierre Andrevon


Résumé :
    À Marseille, Roland Cacciari, militaire démobilisé après l'échec d'une piteuse croisade occidentale au Moyen-Orient, tente de survivre en jouant du guitarion à la terrasse des rapid-food. Il se fait remarquer par Eric Legueldre, richissime industriel proche de l'ultradroite qui lui propose de travailler comme veilleur de nuit au sein de son entreprise spécialisée clans les nouvelles technologies. Roland vient, sans le savoir, de mettre le doigt dans un engrenage qui pourrait bien lui être fatal. Car son employeur a organisé un ignoble trafic d'êtres humains, concernant au premier chef les Maghrébins composant désormais 50% de la population marseillaise.

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« Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi. »

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MessageSujet: Re: Sukran - Jean-Pierre Andrevon   Dim 11 Jan - 19:04

J'avais découvert ce livre par hasard en fouillant dans les rayons d'une librairie, et la quatrième de couverture m'avait de suite intriguée.

Andrevon situe son histoire dans un futur plus ou moins proche assez en tout cas pour qu'on s'y sente à l'aise, et a profondément modifié la géopolitique, tout en conservant une grande continuité : volonté de fédéralisme dans les pays musulmans qui chatouille méchamment les gouvernements européens agités par l'extrême-droite, ou plutôt l'ultradroite, ce qui a conduit à une guerre, une croisade, contre cette alliance, guerre qui a échoué lamentablement et amené des gouvernements de gauche au pouvoir dans les pays européens, ou tout du moins en France. En plus de la guerre, de son lot d'horreurs et de réfugiés, le réchauffement climatique a lui aussi généré son flot de réfugiés, ce qui explique que Marseille a les pieds dans l'eau et que sa population est composée à 50 % de maghrébins, ce qui vient encore alimenter le ressentiment suite à la guerre et la xénophobie.

Dans ce cadre, Roland Cacciari est un ancien soldat de la guerre contre la Fédération panislamique, démo, démobilisé, sans solde, sans retraite, sas rien, et qui joue de la musique dans les rues de Marseille pour survivre. La géopolitique l'emmerde, il ne garde de la guerre qu'une profonde amertume contre les politiques, se reconnaît dans les musulmans, les immigrés, tous ceux qui subissent les évènements, ce qui le pousse à venir en aide à une jeune femme attaquée par deux hommes. Et c'est cet acte qui va l'amener à rencontrer Éric Legueldre, patron d'une entreprise de composants informatiques pas très nette.

L'histoire se déroule rapidement, sans temps morts, et peut parfois être un peu trop rapide. Malgré cela, on ne se perd pas en cours de route, les faits sont exposés clairement tout en conservant ce qu'il faut de mystère jusqu'au bon moment pour que le lecteur fasse travailler ses neurones. La situation géopolitique est très bien utilisée, et j'ai d'autant plus apprécié son actualité que le roman a été écrit en 1989.

Andrevon s'amuse aussi avec le cinéma, truffant son livre de références cinématographiques, notamment à Marlon Brandon, et faisant dire régulièrement à Roland que sa vie ressemble de plus en plus à un film, ce qui permet de mettre de la distance avec le sujet lourd et pessimiste de l'histoire.

Malgré tout, la fin se termine sur une note positive, pas en ce qui concerne la situation géopolitique, mais juste du point de vue humain, individuel, ce qui peut peut-être être suffisant pour changer les choses.

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« Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi. »

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