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 Vestiges de neige, de Julie Derussy

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MessageSujet: Vestiges de neige, de Julie Derussy   Jeu 21 Mai - 12:20

Vestiges de neige de Julie Derussy


Résumé :
    À Rivrene, archipel de glace et d'eau, univers sans pitié où les plus pauvres luttent pour survivre tandis que les puissants mènent une vie de plaisirs et de débauches, une jeune voleuse solitaire gagne sa vie en cambriolant de riches demeures. Mais tout bascule en une seule nuit. Enlevée, elle est conduite sur le navire d’une reine éplorée qui lui impose une étrange mission : retrouver trois cristaux perdus, trois cristaux aux pouvoirs mystérieux. Mue par une volonté qui n’est pas la sienne, la jeune voleuse se lance dans un long périple qui lui fera rencontrer des individus baroques, excentriques et sans morale. Dans une chasse aux cristaux qui la conduira au bout de ses peurs, au plus profond de ses désirs et aux limites de la mort.


Éditeur : Editions du 38
Date de sortie : 2015
Disponible en format Poche : Non

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MessageSujet: Re: Vestiges de neige, de Julie Derussy   Jeu 21 Mai - 12:20

Julie Derussy est une jeune auteure dont la carrière débute tout juste aux éditions du 38. Son roman, Vestiges de neige, est le premier opus d’une duologie intitulée Chasseuse de cristaux qui se déroule dans un univers de « fantasy réaliste ». Ne cherchez ni elfe, ni orc, ni dragon, ce n’est pas du tout le propos. C’est l’histoire d’une jeune voleuse qui voit un jour sa petite vie bouleversée par l’irruption d’une reine dont elle tombe sous le charme, et pour les beaux yeux de laquelle elle accepte de se mettre en quête de trois cristaux de pouvoir. C’est, pour elle, le début d’une grande aventure qui va la mener très loin, tant géographiquement que psychologiquement, la forçant à repousser toujours plus loin ses limites.

C’est un roman très court, découpé en trois parties bien distinctes, sans doute un petit peu trop. Chacune d’entre elles est consacrée à la quête de l’un des cristaux. Victime de discrimination à cause de la couleur foncée de sa peau, l’héroïne a toujours vécu repliée sur elle-même, dans une solitude qu’elle n’était nullement désireuse de rompre. Elle devra pourtant affronter ses peurs et surtout apprendre à s’ouvrir aux autres, au gré de rencontres pour le moins originales. Le style est assez fluide, même si j’ai souvent du mal avec les récits à la première personne qui imposent une proximité avec le narrateur, la narratrice en l’occurrence, qui n’est pas toujours bienvenue. Cela passe très bien ici, la solitude de l’héroïne étant renforcée par un nombre réduit de dialogues, à l’image de ses rares interactions avec les autres.

Vestiges de neige aborde également des thèmes comme la mémoire, l’importance des souvenirs ou encore l’addiction à la drogue ou à l’être aimé. Peut-on réellement vivre en s’éveillant chaque matin sans le moindre souvenir des événements de la veille, quand le passé n’est que néant ? Dans certaines circonstances, ne paraît-il pas préférable, pour surmonter notre souffrance, d’en oublier complètement la cause ? L’oubli est-il malédiction ou bénédiction ?

Enfin, se définissant elle-même comme une « raconteuse volage », Julie assume pleinement l’aspect érotique de certains passages de son récit, elle aime que ses personnages se déshabillent sans inhibition. Mue par une volonté qui n’est pas la sienne, son héroïne n’ira pas seulement au bout de ses peurs, elle devra aussi aller au bout de ses désirs. De ce fait, l’ambiance qui règne sur Vestiges de neige est assez atypique, particulièrement au cours de la quête du deuxième cristal, mais pas désagréable. En ce qui me concerne, ma préférence est allée à la troisième partie, de laquelle se dégage une espèce de tendresse désespérée qui m’a beaucoup touchée. Je m’interroge sur le contenu du second volume, sur ce qu’il va advenir de notre héroïne.

Un joli tir d’essai pour une jeune auteure qui a du potentiel, je crois. Si on ferme les yeux sur le manque de liant entre les différentes parties qui hache un peu le récit, les péripéties qu’elle nous propose sont agréables à suivre, et offrent une lecture divertissante. A découvrir.

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MessageSujet: Re: Vestiges de neige, de Julie Derussy   Ven 14 Aoû - 10:54

J'ai pu lire ce livre dans le cadre d'un partenariat, et je ne regrette pas cette lecture qui fut agréable.

Inutile de rappeler l'histoire, elle a déjà été évoquée par le résumé et Kahlan avant moi Smile


Tout d'abord, un petit mot sur la couverture. Elle a été réalisée par la sœur de l'auteur, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle dénote avec ce que l'on peut voir de nos jours. À une époque où tout semble photoshopé ou extrêmement lisse dès qu'il s'agit de représenter des personnages, c'est assez étonnant de tomber sur une illustration de ce style. Quelque part, c'est à l'image du roman : une touche atypique au milieu des classiques de fantasy. En revanche, il ne faut pas croire qu'il s'agit là d'un roman jeunesse, ce que l'on pourrait penser en voyant le titre ainsi que cette jeune femme vêtue d'une cape et dont on ne voit pas le regard.

Vestiges de neige nous transporte donc dans un monde de fantasy qui est catégorisé ainsi davantage pour l’existence des cristaux recherchés plutôt que pour sa faune et sa flore. En effet, les personnages évoluent dans un univers pragmatique, ayant beaucoup de points communs avec notre propre réalité. Ainsi, la constitution de Rivrene peut nous rappeler la banquise qui fond de plus en plus, tout comme la société qui s’y développe fait irrémédiablement écho à des éléments de notre Histoire.
On peut noter, par exemple, « l’île aux miracles » dont le nom remémore évidemment la Cour des miracles, organisation de mendiants et de voleurs qui aurait bel et bien existé sous l’Ancien Régime, avant que Victor Hugo n’en romantise l’idée. On peut également signaler le Baron dont la folie des grandeurs et le goût pour la chasse évoquent le caractère de souverains comme Louis XIV, ou encore les pratiques dans la demeure d’Esther s’apparentant au libertinage des œuvres du XVIIIe siècle.

Mais ce qui fait la force du roman, c'est bien entendu les thèmes qu'il aborde.

Celui qui s’avère le plus évident concerne la mémoire, traitant plus particulièrement l’oubli. À de nombreuses reprises, nous pouvons remarquer à quel point les personnages désirent échapper à leur situation ou peuvent y être forcés. Par exemple, l’enfoncement de Rivrene dans les eaux qui oblige les citoyens à déménager sur d’autres îles plus sûres, les contraint ainsi à tirer un trait sur tout ce qui les attachait à un lieu précis afin d’entamer une nouvelle vie ailleurs. D’une autre manière, l’héroïne s’abandonne à rêver du bateau de la Reine, omettant sa condition, alors qu’elle est en plein cambriolage. Toutefois, ces éléments ne sont que des détails comparés aux événements liés à la recherche du deuxième cristal.
Sans entrer dans les détails, on y découvre un élément propre à cet univers : une drogue sous la forme d'une poudre blanche appelée "neige". Outre son apparence similaire à de la véritable neige, ce stupéfiant possède des effets semblables. Annihilant lentement certaines sensations, une trop grande consommation peut mener à un décès s’apparentant fortement à un endormissement, comme l’engourdissement que peut ressentir une personne transie de froid.
Toute cette partie du livre lance une réflexion sur les avantages, les inconvénients et les conséquences du choix d’oublier. Est-il préférable d’effacer ce qui est douloureux ou s’en servir afin d’en tirer une plus grande force ? Bien que l’héroïne ne veuille plus penser à certaines choses, force est de constater qu’elle ne peut y parvenir. L’oubli des individus entourant la voleuse devient alors source de plusieurs sentiments : la colère de faire face à tant d’insouciance ; la crainte de n’être qu’un souvenir de plus en plus flou ; l’amusement d’entendre les mêmes conversations ; et enfin la pitié après avoir compris que chacun doit s’inventer une vie plutôt que de la vivre.

Ce thème est intimement lié à celui de l’identité. Il y a de nombreux indices grâce aux personnages secondaires, comme les consommateurs de « neige » qui finissent par oublier leur passé, leur personnalité n’étant plus qu’une vague esquisse de leur être. Mais la voleuse est la première concernée par ce thème.
Le récit ne dévoilant jamais son véritable nom, elle se glisse ainsi dans la peau de qui bon lui semble. Le récit nous indique qu’elle se baptise différemment selon ses missions, et le seul surnom qui nous est dévoilé est Tourelle, provenant de la pièce d’échec. Un sobriquet qui lui va plutôt comme un gant, étant donné que sa volonté peut être inébranlable lorsqu’elle se décide à passer à l’action. Cependant, cela reste l’appellation d’un objet quelconque, destinant donc sa porteuse à poursuivre son habitude de dissimulation. Voleuse, servante, courtisane, femme de ménage, l’héroïne enchaîne les rôles comme si elle était au théâtre, se fondant dans la masse afin de passer inaperçue malgré son apparence qui attire l’œil. On pourrait croire qu’elle parvient à trouver un certain contentement dans chacune de ces situations : être une voleuse lui apporte la solitude qu’elle aime ; être une domestique lui permet de rencontrer une personne bavarde qui comble ses tendances asociales ; être une courtisane lui fait oublier ses prérogatives et lui fait découvrir une nouvelle passion ; être une femme de ménage dans un hôpital lui fait relativiser ses souffrances. Néanmoins, seule la condition de cambrioleuse semble lui convenir puisque ses autres tâches se concluent toujours par un désastre, lui indiquant ainsi qu’elle ne peut échapper à ce qu’elle est véritablement.

Tout cela tend à osciller avec le sujet qui nous inquiète tous : la mort. La recherche des cristaux se teinte toujours d’un voile mortuaire, bien souvent involontaire, mais inévitable. Curieusement, l’héroïne semble être celle qui provoque cette funeste fatalité, chose qu’amplifie son goût pour les vêtements sombres, devenant la terrible faucheuse. Toutefois, étant éternellement inséparables, ce sujet cohabite avec son opposé : la vie. Elle est représentée par la naissance avec la présence d’une femme enceinte vers la fin du roman, mais également par la renaissance qu’expérimente l’héroïne à plusieurs reprises. On peut noter son arrivée à la demeure d’Esther, où sa relation avec Léo lui fait revivre les délices que peut offrir l’existence, alors qu’elle se laissait glisser dans la folie imposée par sa dernière mission ; ou encore son séjour à l’hôpital après avoir frôlé la mort. De manière générale, le récit se déroule dans un cycle où la voleuse vit une épreuve, puis côtoie la mort, afin de renaître pour une nouvelle expérience similaire.

Au niveau de l’écriture, nous avons affaire à un récit à la première personne du singulier. Compte tenu des nombreux romans à la troisième personne, cet aspect peut être déroutant à première vue, d’autant plus que l’auteur utilise le présent de narration en addition avec des temps du passé, ce qui est un fait assez rare. Néanmoins, cette composition apporte un souffle de dynamisme lorsque c’est nécessaire, et permet au lecteur de se rapprocher de l’héroïne, afin de mieux saisir ses pensées. Impression renforcée par le langage utilisé, allant du courant vers le familier selon les situations. Ainsi, le lecteur a vraiment l’impression d’assister à une histoire qui lui serait contée par une connaissance, ou du moins, quelqu’un ne cherchant pas à rajouter des fioritures (même si certaines expressions utilisées peuvent gêner le lecteur puisqu'elle ne semblent pas avoir leur place dans ce monde imaginaire).
Concernant la construction, le roman peut être divisé en trois parties, une par cristaux. Ce découpage est tout à fait logique, mais il est regrettable de constater un manque de liaison entre ces sections. Lorsque l’héroïne parvient à s’emparer d’un cristal et fuir de l’île où il se trouvait, l’histoire semble soudainement s’arrêter. Aucune poursuite n’est engagée et les événements ne sont plus vraiment évoqués dans leur entièreté. Ces différentes îles et leur régent paraissent donc totalement déconnectés du reste de l’archipel, alors qu’il aurait été intéressant de voir les conséquences des vols, notamment sur les personnes qui avaient développé un infime lien avec l’héroïne. De même, il est dommage que ces parties soient plutôt inégales, la deuxième ayant le plus gros développement, tandis que les autres, notamment la dernière, auraient pu bénéficier de quelques informations supplémentaires.
Cependant, on peut comprendre les raisons pour lesquelles l’auteur s’attarda davantage sur cette section. En effet, Julie Derussy se décrit comme une raconteuse volage, aimant déshabiller ses personnages et leur faire vivre des aventures terribles ainsi que des amours douloureuses. C’est le cas dans la deuxième partie, où la demeure d’Esther ne semble vivre que sous le signe de la luxure, où personne ne semble considérer la notion de couple. Cette particularité est parfois amenée de manière un peu gauche, mais elle apporte une pincée de piquant dans le roman.

Bref, Vestiges de neige est un roman qui retrace en quelque sorte les étapes que peut suivre chaque être humain dans son parcours de la vie. Besoin de solitude, éveil à la sexualité, recherche de tendresse, fragilité de la mémoire, épreuve de la maladie, crainte de la mort, autant de sujets qu’ils n’en faut pour insuffler cette touche de réalisme qui permet de se sentir concerné par ce récit. Ainsi, malgré un style quelquefois maladroit et des actions prévisibles, ce livre est un agréable moment de lecture qui dénote des classiques de la fantasy.
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