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 N'y descendez jamais ! Partie 2 : Lwa Racine - Fabrice Liégeois

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MessageSujet: N'y descendez jamais ! Partie 2 : Lwa Racine - Fabrice Liégeois   Dim 13 Sep - 18:29

N'y descendez jamais ! Partie 2 : Lwa Racine de Fabrice Liégeois


Résumé :
    Du temps où elle était une enfant entre la Louisiane de son Bayou natal et son arrivée dans le quartier de Harlem la noire, à New York City, Abigail Richardson a rêvé d'embrasser un avenir. Il ne s'est jamais manifesté, malgré ses prières à l'intention des Loas. Pire encore, au soir du 7 décembre 1942, jour du premier anniversaire de l’attaque nippone sur Pearl Harbor, un terrible événement s’est produit.
    Elle est la seule à détenir la vérité.
    Dix ans plus tard, à l'orée de son dix-neuvième anniversaire, devenue la matrone d'une famille martyrisée par les affres d'une vie de misérables dans un quartier devenu un ghetto, son destin s'engage alors dans une descente à laquelle, elle le sait, elle n'est pas préparée. Triste précipitation en enfer d'une vie qu'elle ne voulait pas subir. Pas comme ça, pas comme toutes les autres fois, Aby n'a jamais eu le choix...


Auto-édition
Date de sortie : 1er septembre 2015
Disponible en format numérique uniquement
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MessageSujet: Re: N'y descendez jamais ! Partie 2 : Lwa Racine - Fabrice Liégeois   Dim 13 Sep - 18:29

Abigail Richardson continue de nous interpeller afin de nous narrer la suite de ses souvenirs. Cette fois, nous faisons un bond de dix ans et découvrons une courte période, celle du 19 avril au 9 mai 1952. À cette époque, Aby est une jeune fille prête à souffler ses dix-neuf bougies, et dont la vie est un véritable enfer.
Depuis la mort de sa mère et sa sœur Jasmine, Aby doit remplir le rôle vacant de la figure maternelle malgré son handicap. Ainsi, elle accepte les sévices corporels infligés par son père, dans le but de protéger ses trois autres sœurs, Suzanna et les jumelles Deborah et Dorothy, tout comme sa grand-mère ayant perdu sa vitalité et sa force mentale d’antan.
À travers ces trois semaines agrémentées de souvenirs antérieurs, nous découvrons à quel point l’âme d’un être humain peut se noyer dans la noirceur, allant jusqu’à piétiner les interdits pour accomplir les crimes les plus horribles.

La suite du témoignage d’Aby oscille entre différents stades de l’horreur. Si la première partie s’attardait sur l’enfance particulièrement violente et traumatisante de l’héroïne, celle-ci confirme nos craintes de voir sa situation empirer au fil des années.

La question du racisme n’est plus tellement abordée, bien qu’il y demeure des allusions. En effet, Harlem est de plus en plus rarement fréquenté par les Blancs, notamment la police, laissant donc les habitants Noirs régler leurs affaires entre eux. Antawn, père de la famille Richardson, a vu son influence grimper au sein du quartier. Étant l’unique détenteur d’un travail, même peu reluisant, il est respecté et se trouve à la tête d’un petit groupe d’hommes contrôlant les environs. Ainsi, Harlem est dominé par la peur des représailles, tandis que les forces de l’ordre considèrent que ce problème n’est pas le leur, à l’exception d’un lieutenant de police, que nous avions déjà vu auparavant, et qui semble être le seul à ne juger les personnes que sur leurs actes et non leur couleur de peau.

Dans cette partie, c’est le thème de la maltraitance qui prend davantage de place dans cette partie. Lorsque ABY dévoilait la violence endurée par l’héroïne, le lecteur craignait que les coups se transforment en quelque chose de plus malsain, l’une des scènes suppose d’ailleurs que le père en serait capable. Malheureusement, la suite brise nos espoirs d’un revirement : Abigail est victime d’abus sexuels. Comme auparavant, Fabrice Liégeois ne nous épargne pas la souffrance qu’elle a pu ressentir. Il nous décrit les gestes effectués par le père, la flétrissure éprouvée par sa fille, mais également l’impuissance à repousser cette domination, Aby se confortant dans l’idée que son sacrifice ne peut que protéger le reste de sa famille.
L’inceste est une pratique ignoble qui détruit les personnes qui en sont victimes. Aujourd’hui encore, de nombreux témoignages prouvent que cet interdit ne l’est plus pour certains et cet acte est parfois même banalisé à travers la littérature, oubliant que le mot « inceste » provient du latin « incestum » signifiant « souillure ». Un sentiment qu’endurent les victimes, ces dernières essayant tant bien que mal de surmonter cette horrible expérience avec l’aide de psychiatres.
Lwa Racine expose d’ailleurs plusieurs comportements suite à ce crime, puisque contrairement à ce que pense Abigail, elle n’est pas la seule à subir ce type de violence physique. Ainsi, nous pouvons observer deux genres d’attitude face à cela : la victime est dégoûtée et révoltée, mais n’ose pas réagir par crainte d’un châtiment, acceptant donc petit à petit son sort ; la victime est dégoûtée, mais pense que c’est l’unique preuve d’amour dont est capable l’agresseur, acceptant donc son sort avec la certitude d’être aimée. Ces deux réactions sont des phénomènes présents dans les témoignages et peuvent également être la cause du silence de personnes encore enfermées dans cet enfer, résultant en une dégringolade psychologique. L’auteur offre donc la parole à une rescapée de cette souffrance, nous montrant ainsi à quel point ce crime peut blesser profondément au point de changer entièrement quelqu’un.

Toutefois, ce thème n’est pas le seul élément qui s’avère mémorable dans cette deuxième partie. En effet, Fabrice Liégeois nous a réservé une surprise de taille dans son récit. Le lecteur savait déjà qu’Abigail Richardson nous narrait son histoire à la manière d’un témoignage, en revanche il nous était signalé que personne ne semblait être présent pour l’écouter. Nous étions donc en droit de penser que cette femme percevait notre présence et s’adressait à nous. Une méprise qui est révélée dans ce livre et qui dévoile une vérité aussi étonnante qu’intrigante. C’est à cet instant que le lecteur comprend que l’auteur l’a emmené là où il le souhaitait.
Le lecteur possède toutes les clefs de compréhension du roman, mais elles sont habilement dissimulées tout au long de l’histoire, ainsi que dans le court-métrage. Ce dernier recèle de détails que l’on ne remarque pas ou que l’on ne saisit pas tout de suite. Par exemple, il est aisé de ne pas percevoir le bras manquant d’Aby, et c’est en revoyant les images après lecture que l’on constate cet indice. Il en va de même pour bien d’autres éléments, ce qui nous fait concevoir toute l’ingéniosité de la démarche de l’auteur. N’y descendez jamais ! est un drame en quatre actes où, comme dans les anciennes tragédies grecques, la conteuse Aby et par extension le court-métrage, seraient le chœur guidant le public à saisir l’intégralité des événements. Cette position est parfois même partagée avec la grand-mère qui nous prouve une fois de plus son omniscience. Ainsi, il est bon de relire chaque partie afin d’assembler les pièces du puzzle.
Il est également bon de noter que la fin de Lwa Racine transforme ce récit de témoignage, cette dénonciation de l’inceste, en un véritable thriller. Le texte frôle encore le fantastique avec un nouvel endroit clef du roman, la cave. Si ABY nous présentait la rue et les égouts comme le siège de Petro Je-way, Lwa Racine nous indique qu’il habite également la cave où se terre Antawn Richardson. Ce lieu est le théâtre d’horreurs plus insoutenables les unes et que les autres, mais c’est dans son obscurité inquiétante que l’héroïne ne fera plus qu’un avec une nouvelle part d’elle-même. L’avertissement « n’y descendez jamais ! » prend un nouveau sens concret. Il prévenait du danger des égouts de la rue, il signale à présent celui de la cave, mais il informe avant toute chose que ces endroits seraient tout à fait innocents sans la noirceur de l’âme humaine, et que c’est au fond d’elle que l’on devrait craindre de se plonger.
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