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 Regrets mécaniques - Michèle Devernay

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MessageSujet: Regrets mécaniques - Michèle Devernay   Ven 18 Sep 2015 - 14:10

Regrets mécaniques de Michèle Devernay


Résumé :
    Un cœur, juste un cœur. Voilà ce dont Gabriel a besoin pour sauver son fils mortellement atteint. Et ce cœur, il sait où le trouver. À condition de faire taire sa conscience. Dans un Paris de fin de siècle, steampunk en diable, la traque commence.


Éditeur : Les éditions du 38
Date de sortie : 31 août 2015
Disponible en format numérique uniquement
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MessageSujet: Re: Regrets mécaniques - Michèle Devernay   Ven 18 Sep 2015 - 14:11

J'ai eu l'occasion de lire cette nouvelle grâce à un partenariat proposé par l'auteur. Même si je trouve plusieurs choses à redire, je suis contente d'avoir eu cette opportunité car il y a un bon potentiel.

L'histoire se situe dans un univers uchronique, où notre monde connut une révolution technologique fondée sur la vapeur. Gabriel Montfort est un illustre avocat dont le fils, Lucas, souffre d'une affection cardiaque le conduisant vers la tombe. Désespéré, Gabriel décide de sauver son unique enfant en faisant appel à Lulu Cabriole, un vieil homme auquel il a eu recours dans le passé, qui sait où trouver un cœur pour effectuer une greffe. Une quête qui soulève de nombreuses questions.

Si l'on se rend sur le site de l'auteur, on peut y apprendre, via ses feuilles de route, que la nouvelle a dû être étoffée afin d'y inclure un contexte temporel plus précis. Remanier un récit est une tâche difficile puisque les ajouts doivent s'intégrer parfaitement au texte original qui possède déjà son propre rythme. Pourtant, Michèle Devernay semble avoir réussi le pari en proposant une histoire, certes courte, mais qui parvient à exposer un univers tout en se suffisant à elle-même.
En effet, dès les premières lignes et tout au long de la nouvelle, le lecteur peut situer les endroits où se produit l'action. Ainsi, nous découvrons que les événements ont lieu principalement au Canada et à Paris, et qu'ils se déroulent vers la fin du XIXe siècle puisque la capitale française s'apprête à accueillir la cinquième Exposition universelle. Par ailleurs, certains détails comme le dirigeable, le métro aérien, l'autocab conduit par un automate, ou encore bien d'autres éléments à vapeur, nous indiquent que le récit ne prend pas place dans notre réalité, mais dans une uchronie que l'on peut qualifier de steampunk.
L'auteur gère bien cet assemblage puisqu'elle prend soin de parsemer son texte d'éléments réels, en témoigne la scène de course-poursuite dans Paris où l'on peut reconstituer grâce aux noms de rues, tout en remplaçant la technologie de l'époque par la vapotechnologie, comme les exemples déjà cités. Toutefois, ces inventions sont suffisamment intuitives pour ne pas être longuement décrites. Ainsi, les informations nécessaires à la compréhension et la visualisation nous sont données sans être envahissantes. Le résultat de ce mélange apporte donc un parfum familier et dépaysant à la fois.
Au niveau de la construction, le texte est composé de petits segments, chacun étant séparé par une ellipse plus ou moins longue. Ce système permet de garder un rythme dénué de lourdeur et de ne connaître que l'essentiel de l'histoire. Celle-ci est contée selon différents points de vue, mais la longueur du récit ne permet pas un développement poussé de chaque personnage, ce qui s'avère un peu regrettable puisque cela les limite à des rôles plutôt stéréotypés dont seul Lulu Cabriole semble se démarquer. Toutefois, la nouvelle ne parait pas décousue, prouvant donc que Michèle Devernay a su enrichir son texte tout en conservant l'unité qu'il avait au départ.

Concernant l'histoire, on ne peut pas dire qu'elle soit vraiment originale et sa fin est terriblement prévisible. Néanmoins, l'auteur parvient à ne pas lasser le lecteur, notamment grâce au personnage de Lulu Cabriole. On ne sait que très peu de choses à son sujet, mais le mystère qu'il dégage laisser planer de nombreuses interrogations, au point que l'on peut se demander si ce protagoniste n'aurait pas une petite touche de fantastique ou de merveilleux. Que ce soit son magasin de jouets, ses fabrications, ou ne serait-ce que son apparence, Lulu Cabriole inspire l'inquiétude et la fascination. Par ailleurs, ce personnage est un élément clef de l'histoire, son commerce et ses paroles menant au thème dans lequel baigne le récit.
En effet, de nombreux éléments s'articule en réalité autour de la réflexion sur laquelle veut nous interpeller Michèle Devernay, à savoir la nature de l'être humain et ce qui détermine cette appellation. En cela, l'univers steampunk est bien choisi puisque les machines encerclent les êtres de chairs, on peut noter l'exemple du chauffeur de taxi qui n'est qu'un automate, l'idée étant que dans ce monde régi par diverses machines, l'Homme tant à perdre son humanité, considérant la vie comme un élément dont l'on peut disposer à sa guise. Un détail de la nouvelle en forme d'ailleurs un joli symbole, quand lors d'une visite à l'hôpital, Esther, la mère de Lucas voit un jeune garçon dont le bras fut amputé suite à l'explosion d'une chaudière. Métaphore de cette technologie qui engloutit l'être humain et l'aliène de ce qui faisait son essence.
Il en va de même avec les actions effectuées par Gabriel pour sauver son fils. Aveuglé autrefois par ce que pouvait lui offrir une expérience, il poursuit dans cette voie et devient aussi froid qu'un être constitué de rouages. Le lecteur finit par se demander si une simple machine ne serait pas plus humaine que cet homme aux pensées si radicales. On peut comprendre son mobile, mais il ne justifie en rien ses intentions peu louables qui paraissent être de l'abus de pouvoir. Il est impossible d'aborder toutes les questions que proposent la nouvelle sans en dévoiler la fin, mais on peut retenir qu'elle incite à réfléchir sur ce qu'est véritablement un être humain. Son enveloppe corporelle biologique ? Son origine ? Les sentiments dont il fait preuve ?
C'est en cela que le personnage de Lulu Cabriole est intéressant, car il représente l'opposé du parcours de Gabriel, ne serait-ce que dans son apparence. Il est le contraire d'un homme d'affaire, étant souvent désigné comme "le fou". Cependant, il est puissant à sa manière et pousse la réflexion sur la nature humaine. On peut noter l'inversion du symbole évoqué précédemment puisque le vieil homme actionne le mécanisme d'une de ses fabrications à l'aide de sang humain, nous démontrant ainsi que l'on peut insuffler la vie à n'importe qui ou n'importe quoi et que ce qui détermine un être humain se situe ailleurs. Doté d'une sorte d'omniscience, les paroles de Lulu Cabriole envers le père de famille prennent un tout autre sens à la fin du récit, pourtant, il n'est pas étranger à l'accomplissement de toute cette histoire et il est difficile de savoir ses motivations. En revanche, une chose est certaine : ce protagoniste enseigne une leçon de vie et de compassion.

Finalement, Regrets mécaniques est une nouvelle peu originale, mais dont le thème et l'univers sont suffisamment bien orchestrés pour lui conférer un certain charme. Le lecteur se laisse donc guider par la plume agréable de l'auteur afin de découvrir une réflexion, certes classique, mais qui retrouve des couleurs grâce au personnage de Lulu Cabriole.
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MessageSujet: Re: Regrets mécaniques - Michèle Devernay   Mer 23 Sep 2015 - 14:19

Oh ! J'ai aussi eu la chance de pouvoir lire cette nouvelle ! Mon avis est vachement moins poussé que le tiens mais le voilà quand même :

Je ne lis pas très souvent de nouvelles, mais lorsque l'auteure de Regrets Mécaniques, Michèle Devernay, m'a proposé de lire son œuvre, le résumé m'a tellement plu que j'ai décidé de me lancer très vite dans la lecture de celle-ci. Je la remercie d'ailleurs beaucoup pour cette découverte !

Le résumé promettait en effet une histoire moralisante encourageante. Tout au long de la nouvelle, les personnages se posent beaucoup de questions, et le fait que le narrateur se focalise sur différents personnages rend le lecteur bien incapable de prendre parti. Gabriel, le père de l'enfant malade, a bien sur de très bonnes raisons de vouloir trouver à tout prix un nouveau cœur à son fils. Mais la course poursuite d'un enfant dans Paris nous mets dans la peau de quelqu'un de l'autre camps et on ressent bien entendu sa peur et son désarroi.

Mais comme toute bonne nouvelle l'exige, je ne peux pas trop vous parler de l'histoire, et je ne peux décemment pas vous raconter la fin car ça gâcherait vraiment tout. Pour moi, une nouvelle est censée nous tenir en haleine jusqu'à la chute finale qui doit nous surprendre. Ici, même si toute l'histoire est plutôt déjà vue, j'ai trouvé que Michèle Devernay maîtrisait plutôt bien le genre : on est longtemps laissé dans le flou, on se pose de plus en plus de questions, et j'ai plutôt aimé la fin car j'ai mis un petit moment avant de percuter.

J'ai aimé le monde steampunk qui est loin d'être un simple background à la mode dans cette nouvelle. Celle-ci se base en effet sur une réflexion sur l'humain, et d'avoir à côté comme contraste un monde où les machines prennent très largement le dessus est vraiment intéressant.

Une nouvelle, par définition, c'est un récit très court. On a donc pas vraiment le temps d'en savoir beaucoup sur les personnages, mais certains comme Lulu Cabriole sont tellement atypiques qu'ils nous restent en tête. Ce personnage me donne d'ailleurs encore des frissons, à chaque fois qu'il apparaissait il me mettait plutôt mal à l'aise.

J'ai plutôt apprécié le style de Michèle Devernay qui se concentre autant sur l'ambiance que sur l'histoire. On aurait presque pu avoir des chapitres dans cette nouvelle car plusieurs ellipses coupent le récit en plusieurs parties, mais j'ai trouvé qu'elles cassaient de ce fait un peu le rythme.

Regrets Mécaniques a ainsi plutôt satisfait mes attentes en tant que nouvelle. C'est une lecture agréable et parfaite entre deux gros bouquins. On passe un bon moment et cette nouvelle nous fait réfléchir à beaucoup de choses. Qu'est ce que l'on ferait, nous, à la place du père, du fils malade, de l'enfant qui court dans Paris ou encore de la mère ? De question en question, Michèle Devernay nous transporte dans son monde steampunk où la condition de la vie humaine est portée à réflexion.
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MessageSujet: Re: Regrets mécaniques - Michèle Devernay   Mer 23 Sep 2015 - 15:39

C'est marrant de voir que nos avis diffèrent sur plusieurs points. Je pense par exemple aux ellipses (tu trouves qu'elles cassent un peu le rythme et moi non) ou à la fin (je l'ai trouvé prévisible, mais toi non) Surprised
En tout cas, je suis d'accord, c'est une lecture idéale entre deux gros livres. Smile
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