Lecture-Imaginaire

Communauté de lecteurs pour partager nos lectures : fantastique, fantasy, science-fiction, bit-lit, etc.
 
AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Cher Mr Darcy (D’après Orgueil et Préjugés de Jane Austen) - Amanda Grange

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Cher Mr Darcy (D’après Orgueil et Préjugés de Jane Austen) - Amanda Grange   Ven 6 Nov 2015 - 11:49

Cher Mr Darcy (D’après Orgueil et Préjugés de Jane Austen) de Amanda Grange


Résumé :
    Amanda Grange nous offre une version épistolaire du classique de Jane Austen : Orgueil et Préjugés. Pemberley et Longbourn sont décrits à travers le point de vue des différents personnages, mais plus particulièrement à travers celui du romantique Mr Darcy. Une série de lettres nous dévoile comment ce dernier surmonte son chagrin après la mort de son père bien-aimé ; comment il va gérer ses affaires le liant au scandaleux Mr Wickham et comment il va tomber amoureux de la spirituelle Elizabeth Bennet.


Éditeur : Milady
Date de sortie : 6 décembre 2013 (parution originale : 7 août 2012)
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Cher Mr Darcy (D’après Orgueil et Préjugés de Jane Austen) - Amanda Grange   Ven 6 Nov 2015 - 11:52

Cher Mr Darcy fait partie de ce que l’on peut appeler les « austeneries », puisqu’il s’agit d’une réécriture du célèbre roman Orgueil et Préjugés sous forme de récit épistolaire.

Rappelons brièvement l’histoire. Mrs et Mr Bennet sont les parents de cinq filles, ce qui s’avère problématique puisque leur demeure est soumise aux conditions de l’entail, ne pouvant donc être transmise qu’à un héritier mâle direct, ou au parent masculin le plus proche, d’où l’obstination de la mère à trouver des époux convenables à ses enfants. Ainsi, lorsque le domaine de Netherfield est loué, Mrs Bennet y voit une opportunité inespérée en apprenant que l’heureux propriétaire, Mr Bingley, est un jeune homme riche et célibataire. Toutefois, ce dernier se trouve accompagné de ses deux sœurs ainsi que d’un ami, Mr Darcy. Si Mr Bingley jette rapidement son dévolu sur Jane, la fille aînée des Bennet, Mr Darcy froisse l’orgueil de sa cadette, Elizabeth, par ses manières hautaines.

Cher Mr Darcy ne débute pas à la même période que le roman d’origine. En effet, le récit se déroule de façon chronologique, ainsi, certains événements passés et contés dans des lettres nous sont rapportés bien plus tôt, ce qui permet également à l’auteur de broder quelque peu sur les personnages, notamment en nous contant la rencontre entre Mr Darcy et Mr Bingley.
Ce choix donne un aspect dépaysant au lecteur puisqu’il s’attend découvrir l’histoire selon la même organisation temporelle. Bien entendu, cela dévoile le caractère de certains personnages bien avant que les révélations prennent place dans Orgueil et Préjugés, mais cette réécriture est surtout destinée aux personnes ayant déjà lu ce roman auparavant et qui n’ont, par conséquent, plus besoin d’être réservées de toute surprise.
Par ailleurs, Cher Mr Darcy se veut fidèle à l’histoire d’origine malgré ses ajouts. On peut noter qu’Amanda Grange prit même le soin d’étendre sa réécriture au livre Souvenirs de Jane Austen écrit par le neveu de celle-ci, où sont rapportés certains renseignements fleurissant dans l’imagination de la romancière Par exemple, Jane Austen songeait à ce que Kitty Bennet épouse un clergyman installé près de Pemberley, chose qui se produit dans la réécriture d’Amanda Grange.

Avec une telle ferveur, le lecteur est en droit de penser que Cher Mr Darcy est une œuvre aussi plaisante que l’originale tout en la présentant sous un nouveau jour. Malheureusement, de nombreux points sombres empêchent ce récit de véritablement briller.

Tout d’abord, afin d’être en mesure de conter entièrement l’histoire sous forme épistolaire, l’auteur s’est vu forcée d’inventer des personnages afin que de simples dialogues puissent être contés dans une lettre. Ainsi est apparue la famille Sotherton, constituée par une heureuse coïncidence de trois filles d’un caractère proche de la plupart des demoiselles Bennet. Susan, possédant maturité et intelligence, correspond avec Jane et Elizabeth, mais également avec Charlotte Lucas. Lucy se rapproche de Mary, ayant le même goût de la lecture tout en étant aussi incapable de tirer profit de leur enseignement. Quant à Eleanor, sa frivolité l’associe à Lydia.
Bien que l’on ressente les efforts d’Amanda Grange pour intégrer ces personnages à la galerie principale, notamment en leur construisant le passé de propriétaire du domaine de Netherfield, leurs apparitions demeurent forcées tant ils s’imprègnent du caractère des protagonistes au point de ne devenir que de pâles copies. Par ailleurs, leur présence donne lieu à des incohérences assez maladroites, comme le fait qu’Elizabeth confie la demande en mariage de Mr Darcy à Susan alors qu’elle n’en a informé ni sa sœur Jane, ni son amie Charlotte.

Ensuite, la personnalité de plusieurs personnages est cruellement altérée, provoquant des trahisons plutôt grossières. Le récit original étant principalement présenté sous le point de vue d’Elizabeth, une narratrice omnisciente prenant quelque fois le relai, bon nombre de protagonistes se dévoilent lentement. Pourtant, le lecteur peut se faire une nette impression du caractère de chacun à la fin de l’ouvrage. Ainsi, le parti-pris de certaine lettre de Cher Mr Darcy ressemble davantage à une réécriture qu’à une transposition.
On peut noter, par exemple, la correspondance entre Fitwilliam Darcy et son cousin Philip. Le célèbre protagoniste en arrive à s’épancher bien trop ardemment au sujet de son amour pour Elizabeth alors qu’à ce moment de l’histoire, il cherche à contenir cette attirance à tout prix. Un autre exemple est l’incapacité d’Elizabeth à pardonner Charlotte d’avoir épousé Mr Collins. Si la jeune fille condamne effectivement son amie de ne voir que l’aspect matérialiste d’un mariage, sa visite dans le Kent semble tout de même lui faire réviser son jugement lorsqu’elle constate que Charlotte dirige parfaitement son ménage. Les lettres de la réécriture ne sont pas aussi nuancées, Elizabeth affirmant ne plus lui accorder sa confiance comme autrefois.

Enfin, l’immersion se voit souvent brisée par les négligences de l’auteur. En effet, Amanda Grange omet régulièrement que les événements se déroulent à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, tout comme les preuves de son manque de subtilité, sans oublier le fait qu’elle nous gratifie d’envolées romanesques, alors qu’il s’agit de correspondances.
Pour ce dernier point, on peut noter la lettre qu’adresse Mr Darcy à son cousin pour y décrire chaque infime détail de son arrivée auprès de son père mourant. Pourtant, elle se situe pourtant au début du roman, ce qui exclut un oubli accidentel, rangeant plutôt ces passages dans la catégorie des maladresses. Parmi celles-ci, on peut également remarquer plusieurs lettres étant écrites sur la route, dans des voitures. Chose qui paraît invraisemblable puisqu’à cette époque, la plume et l’encrier étaient de rigueur, car quand bien même un prototype de stylo-plume fut breveté en 1827, il ne fut véritablement démocratisé qu’à la fin du XIXe siècle, ayant d’ailleurs évolué entretemps.
En outre, la modernisation du langage et de l’attitude des personnages ne sont pas du meilleur goût. Certes, la lecture s’avère fluide, mais il est impensable qu’une telle façon de s’exprimer ait eu lieu à cette période. Ainsi, certaines onomatopées, certaines tournures de phrases, et certains mots de vocabulaire reflètent davantage un discours du XXIe siècle.
Toutefois, le roman aurait pu être agréable malgré ces défauts, si Amanda Grange n’abusait pas de certaines idées. Si les lettres de Mary Bennet s’avèrent comiques au début, elles deviennent rapidement ennuyeuses au point de vouloir les passer tant elles demeurent inutiles. L’auteur appuie sur la vanité du personnage, la jeune fille se croyant bien plus intelligente que ses sœurs, mais avec une lourdeur insupportable, là où la plume de Jane Austen savait divulguer le message avec humour, sans l’épuiser. C’est d’autant plus dommage que cette correspondance aurait pu être remplacée par celle entre les deux aînées. Le roman originel nous indique qu’elles ne peuvent être séparées sans s’écrire continuellement, pourtant, Cher Mr Darcy ne nous offre que de rares discussions entre ces deux personnages.

Finalement, Cher Mr Darcy est un roman en demi-teinte. Bien qu’il soit destiné aux amateurs d’Orgueil et Préjugés, ceux-ci n’y retrouveront pas forcément ce qui leur plaisait. Certains personnages sont bien étoffés, comme George Wickham, mais d’autres subissent quelques trahisons, ce qui est fortement regrettable lorsqu’il s’agit d’Elizabeth ou Mr Darcy. Par ailleurs, l’aspect satire social perd de son sel au cours de la réécriture, ce qui demeure pourtant un élément essentiel du roman. Un divertissement qui part donc d’une bonne intention, mais qui s’essouffle rapidement.
Revenir en haut Aller en bas
 

Cher Mr Darcy (D’après Orgueil et Préjugés de Jane Austen) - Amanda Grange

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Orgueil et Préjugés, de Jane Austen (chapitres 36 à 61).
» Orgueil et Préjugés, de Jane Austen (chapitres 1 à 35).
» Darcy, Rochester, Wentworth ou Thornton?
» Voix françaises de Orgueil et préjugés 2005...
» Que lire après Jane Austen ?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Lecture-Imaginaire :: Autres lectures :: Romance-